Les Michu
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Le pied de Monsieur Michu
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Vous savez quel est le mal du siècle ?
- Non Monsieur Michu.
- Et bien il n'y a pas de dialogue !
- ..... ?
- Les gens sont préoccupés d'eux-mêmes,
ils ne s'intéressent pas à ce que peut raconter autrui. La vie devient
un long monologue. Bien sûr, je ne parle pas de nous, mon cher voisin.
Nous c'est différent, on se connaît depuis si longtemps et puis on est
d'une autre époque, qu'est-ce que vous en pensez ?
- Et bien....
- Vous être d'accord avec moi bien sûr.
Les gens ne se parlent plus, ils se regardent à la rigueur. Le mal, il
vient de la télé. Moi je ne la regarde pas. Les gens se croisent de très
loin, ils se croient dans quelque feuilleton et ne se parlent plus. Je
ne sais pas très bien où nous allons?
- ....
- Ce qu'il faut, c'est écouter l'autre,
tout le monde a quelque chose à dire, même ceux que l'on ne soupçonne
pas. Il faut seulement se donner la peine d'écouter, ce n'est pas
difficile d'écouter, c'est un état d'esprit, il suffit d'être
disponible, ouvert. Tenez moi qui vous parle j'y arrive très bien. Et
c'est justement parce que j'écoute beaucoup que je sais tout ce que je
sais. J'en sais des choses, mais personne ne m'écoute. Nous vivons là
une drôle d'époque, n'est-ce pas mon cher voisin..... Vous aussi auriez
tant à dire, vous en savez des choses, mais personne ne vous écoute.
Tout ira mieux quand les gens
accepteront enfin d'écouter
leur voisin. On ne communique plus, et c'est bien là le drame.
- Sûrement, vous avez raison, ainsi moi
je ...
- Je savais que vous étiez d'accord
avec moi, depuis le temps que nous nous connaissons, il ne pouvait pas
en être autrement, si tout le monde était comme vous, tout irait bien.
Seulement, voilà le moule est cassé et des comme nous, il ne s’en fera
plus. Si tout le monde pouvait avoir de bonnes discussions tout irait
mieux. Mais vous vouliez dire quelque chose?
- Oui excusez-moi, mais depuis tout à
l'heure vous m’écrasez le pied !
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—
Madame Michu avez-vous su? —
Non pas Madame Dugenou! —
Figurez-vous qu'la Martine et puis l'Denis... —
Non! —
Et bah si!
... —
La Martine Pinchon? —
Bah oui, la Martine Pinchon, et bin, la Martine Pinchon et puis
l'Denis... —
L'Denis Testud? —
Bah non l'Denis Santerre, et bien figurez-vous qu'elle les a vus, pas
plus tard qu'hier qu'avaient pas l'air très fâchés, si vous voyez c'que
j'veux dire... —
Et bah dites donc vous m'en apprenez une belle et l'mari est au courant? —
Pensez donc il s'en fiche, il s'est consolé par avance avec la Rosalie,
vous ne saviez pas?
...
...—elle les a surpris, y z'étaient pas encore rhabillés! —
Madame Michu? —
Bah oui Madame Michu, autant vous dire que l'Denis était pas fier, vous
comprenez, y'en a déjà qui l'mariaient avec la fille des Boustries, une
belle propriété, alors pensez!
... —
Tu sais pas la dernière? Madame Michu elle s'en fait pas avec le
Denis... —
L'Denis Santerre? —
Bah non l'Denis Testud, y'en aurait qui l'aurait vu hier encore
dépoitraillée, j'ai ramassé ca en passant, t'imagines! Madame Michu! —
Elle a encore des arguments et pis ça la r'garde après tout.
... —
Alors Monsieur Michu, ça va les affaires?
...
Au gré du vent, au gré du temps,
Courent les bruits, courent les affaires.
Passent les vies, passent les gens.
Chaque chemin, croise chemins,
Empreintes seules, restent au terrain,
Volent paroles, coule le sang,
Chacun sa trace, tourne la terre.
Passent les bruits, au gré du vent.
Vis bien ta vie, elle a son sel,
Laisse rumeurs à la ruelle.
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